THE TURBINE ! est le projet d’Harrison Bankhead, Hamid Drake, Benjamin Duboc et Ramon Lopez. Deux considérables contrebassistes, deux batteurs considérables, la recrudescence des rythmes.

Depuis 1960 et « Free Jazz » d’Ornette Coleman, qui avait redoublé chaque instrument de son quartette, jusqu’à la structure en miroir du Note Factory de Roscoe Mitchell, la démultiplication d’une section rythmique déjà vouée à toutes les croissances et excroissances a connu diverses incarnations. Et si des assemblées de percussionnistes se réunissent depuis la nuit des temps, il y a eu quelques cas d’ensembles de bassistes uniquement. En l’occurrence, pourtant, il s’agit de bien autre chose que du renforcement, ou de l’autonomie, de la « section rythmique », de jouer ou jongler avec les rythmes, de bien autre chose que de combustion – même si les hommes de la turbine gardent cette puissance par-devers eux. Pour reformuler les choses comme Bankhead, Drake, Duboc et Lopez les laissent entendre, et croître : il s’agit de quatre musiciens créateurs, distinctement, se livrant à une musique totale, (accessoirement) faite sur des contrebasses et des batteries. Ensemble, telluriques ou transparents, les quatre hommes brodent mesures et démesures, nouent alliance sur alliage, remontent tous les temps, sont les maîtres du sentiment de la durée et des permutations, traitent de matières, de mouvements, de vitesses, de flux, de réalités. Sagesse du rythmicien (physicien ?). Drake :

« De nos jours, les physiciens eux-mêmes s’aperçoivent de cela : qu’il n’y a pas de nature inhérente. La forme est vide. Si vous regardez n’importe quel objet sous un microscope, vous verrez d’autres choses, d’autres éléments, alors que l’objet paraît doté d’une forme solide. Je suis heureux d’accomplir cette fonction qui donne l’impression qu’un rythme est gardé, dans une situation donnée, profitable aux êtres, quoique je sache que je ne garde rien du tout. Comment le pourrais-je ? Le temps se meut constamment. Et ces mots même que l’on utilise : “garder” le rythme, “garder” le temps… Illusions. »

En pleine conscience des chemins qui s’ouvrent à tout moment à la musique créée dans l’instant, et de l’illusion raisonnée de la régularité ou de la fixité, temps de pause dans le courant continuel des choses et des êtres, les quatre hommes ont convié Marc Ducret, guitariste, curseur et couseur de fulgurances, à partager quelques dates de leur tournée, à commencer par celle de Sons d’hiver, et à tamiser ou à magnétiser leurs échanges collectifs. De l’un à l’autre, tout est en jeu, tout est dans les hautes sphères politiques du jeu, tout pousse et passe, la communication est définitivement établie. Un sens magnifié de l’orientation leur permet de se lancer, de nous lancer, à la découverte de la satiété.